Le Blog à Ferdine


6.7.03
J'pense souvent à l'Albert. C'est bizarre ça. D'y penser autant. D'puis qu'j'suis d'dans, j'ai pas une minute où j'y pense pas. J'y pense toujours avec un fort relent d'culpabilité. Ca m'en monte les larmes aux yeux quasi. J'sais pas pourquoi c'clébard... Doit cristalliser toutes mes culpabilités. J'pourrais penser à tous les autres. Les morts. Les vivants. Surtout les morts. Mais non. J'pense à c'chien. Quand j'me souviens d'avant, j'vois qu'ce clebs. C'saucisson sur pattes. J'le vois qui courre, derrière la rue Vaubecour. J'le vois qui file, tout heureux. Qui courre. Qui aboie. Tout gai quoi. Ses p'tites oreilles au vent. Tout content. A aller, à rev'nir. J'sais pas pourquoi j'focalise là-d'ssus. Pis j'le revois aussi, crevé, la langue jusqu'à terre, à essayer d'me suivre. A marcher, à courrir, à crapeton... A essayer de pas s'laisser larguer. A m'regarder. D'ses grands yeux tristes. A pas comprendre. A bien sentir pourtant, le fouet de l'abandon, là, dans ces rues désertes d'une banlieue lyonnaise glauque. Ca m'réveille la nuit, ses grands yeux malheureux. J'vois pas ceux d'mémé, ni ceux d'Sandy ou d'n'importe qui d'autre... Non, non. Les seuls yeux que j'vois, c'est ceux d'l'Albert. Toujours sur moi. A m'faire croire que c'est pour moi. Que c'coup là, j'peux plus lui échapper. Entre mes quatre murs. J'espère qu'ça va pas durer tout l'temps.


2.7.03
Je r'pense à avant. Du temps qu'j'étais dehors. Du temps où j'courrais, d'une rue l'autre. De l'autre côté de ces murs. Et moi qui voulait voir le monde. J'ai l'impression que j'suis cloué à cette ville, comme la peste au rat. Merde. Et en plus, je sais plus courrir comme avant.